Le tournage CNC est un procédé d'usinage où la pièce tourne devant un outil de coupe fixe, piloté par commande numérique : sur un tour CNC, chariotage, dressage, filetage et alésage s'enchaînent avec une précision au centième, pour la fabrication de pièces cylindriques en métal ou en plastique, de l'unité à la grande série.
Tournage CNC en quatre repères
- Principe
- En usinage par tournage CNC, la pièce tourne autour de son axe de rotation et l'outil se déplace selon les axes X et Z pour l'enlèvement de matière, avec une précision constante.
- Applications
- Pièces cylindriques, coniques et de révolution (arbres, bagues, axes, raccords, vis) pour l'automobile, l'aéronautique, le médical et tout secteur de l'industrie mécanique.
- Réglages clés
- En tournage, la vitesse de coupe, la vitesse d'avance et la profondeur de coupe se choisissent selon la matière à usiner et l'outil.
- Limite
- Les surfaces planes et les formes complexes prismatiques relèvent du fraisage CNC, sauf sur un centre de tournage CNC à outils motorisés.
Comment fonctionne le processus de tournage CNC ?
Le processus de tournage CNC repose sur un mouvement simple : la broche entraîne la pièce en rotation, et l'outil de coupe, monté sur une tourelle, avance pour enlever un copeau continu. Sur un tour CNC, deux axes suffisent pour la plupart des pièces tournées : l'axe Z, parallèle à l'axe de rotation de la broche, règle les longueurs, et l'axe X, perpendiculaire, règle les diamètres. La commande numérique coordonne ces deux axes en même temps, ce qui permet d'usiner des cônes, des rayons et des profils courbes en une seule trajectoire, là où un tour conventionnel demande une manivelle par axe et beaucoup de savoir-faire.
Le cycle type d'une pièce suit toujours le même ordre. La barre ou le lopin est serré dans le mandrin, la tourelle présente un premier outil d'ébauche qui retire l'essentiel de la matière, puis un outil de finition passe au diamètre final avec une avance plus fine. Viennent ensuite les opérations secondaires : perçage au centre, alésage, filetage, rainurage, et enfin le tronçonnage qui sépare la pièce de la barre. Sur un tour équipé d'un ravitailleur de barres, ce cycle se répète sans opérateur, et le temps de cycle devient le critère qui décide du coût d'une série.
Les axes d'un tour CNC moderne
Un tour CNC de base travaille sur les axes X et Z. Les centres de tournage plus récents ajoutent un axe C, qui positionne la broche angulairement, un axe Y qui décale l'outil hors du centre, une contre-broche qui reprend la pièce pour usiner la seconde face, et des outils motorisés capables de fraiser et percer hors axe. Avec ces options, une pièce sort complète d'une seule machine, sans reprise sur une fraiseuse CNC, ce qui supprime une source d'erreur de position entre deux serrages.
Les opérations de tournage et l'outil qui convient à chacune
Les opérations de tournage se rangent en quelques familles, chacune avec son outil de coupe et sa trajectoire. Le chariotage réduit un diamètre extérieur le long de l'axe Z ; le dressage usine une face plane perpendiculaire à l'axe ; le perçage et l'alésage créent puis calibrent un diamètre intérieur ; le filetage taille un filet métrique, trapézoïdal ou gaz ; le rainurage creuse une gorge de joint ou un dégagement ; le tronçonnage termine la pièce. Le tournage conique, enfin, combine X et Z pour produire une pente, utile pour les cônes d'emmanchement et les sièges de soupape.
| Opération | Ce qu'elle produit | Outil courant |
|---|---|---|
| Chariotage | Diamètre extérieur cylindrique ou conique | Plaquette CNMG en ébauche, VCMT en finition |
| Dressage | Face plane perpendiculaire à l'axe | Outil à dresser ou plaquette d'ébauche |
| Perçage et alésage | Trou axial puis diamètre intérieur précis | Foret, puis barre ou outil à aléser |
| Filetage | Filet métrique, trapézoïdal ou gaz | Plaquette de filetage au profil du filet |
| Rainurage | Gorge de joint ou dégagement | Lame ou plaquette de gorge |
| Tronçonnage | Séparation de la pièce finie et de la barre | Lame de tronçonnage |
Les désignations des plaquettes suivent la norme ISO 1832 : dans CNMG, le C indique un losange à 80°, robuste pour l'ébauche ; dans VCMT, le V désigne un losange à 35°, plus fin, qui accède aux profils pour la finition. La nuance de carbure, le revêtement et le brise-copeaux se choisissent dans le catalogue du fabricant d'outils, qui donne aussi les plages de vitesse et d'avance conseillées pour chaque matière. Pour comparer les familles d'outils coupants et les systèmes de porte-outils, le dossier sur l'outillage industriel et les porte-outils détaille les critères de choix.
Paramètres de coupe en tournage CNC : vitesse, avance et profondeur
Les paramètres de coupe en tournage CNC sont trois réglages liés : la vitesse de coupe, la vitesse d'avance et la profondeur de coupe. Ils décident ensemble de la durée de vie de l'outil, de la finition de surface et du temps de cycle. Un réglage trop prudent allonge la production ; un réglage trop agressif use la plaquette en quelques pièces, chauffe la matière et fait vibrer l'ensemble.
Vitesse de coupe et vitesse de rotation
La vitesse de coupe, notée Vc et exprimée en mètres par minute, est la vitesse à laquelle la matière défile sous l'arête de l'outil. Elle se convertit en vitesse de rotation de la broche par la formule N = (1 000 × Vc) / (π × D), avec D le diamètre usiné en millimètres. Comme le diamètre diminue à chaque passe, la commande numérique peut maintenir Vc constante en accélérant la broche (fonction G96 en programmation CNC), avec une limite de rotation fixée par G50 ou G92 selon la commande pour ne pas dépasser la capacité du mandrin. Sur l'inox 316L, la plage souvent recommandée par les fabricants d'outils se situe entre 120 et 180 m/min en carbure revêtu.
Avance, profondeur et état de surface
La vitesse d'avance, en tournage, s'exprime en millimètres par tour : c'est le déplacement de l'outil pendant une rotation de la pièce. Sur l'inox, une avance de 0,1 à 0,25 mm/tour couvre la plupart des cas. La profondeur de coupe, ou passe, se mesure au rayon : forte en ébauche pour retirer la matière vite, faible en finition. La rugosité théorique dépend de l'avance et du rayon de bec de la plaquette : la hauteur de crête vaut environ f² / (8 × r). Diviser l'avance par deux divise donc la hauteur de crête par quatre, ce qui explique pourquoi la finition de surface se règle d'abord par l'avance. La mesure de cette rugosité et la lecture d'une valeur Ra sur un plan sont expliquées dans l'article sur la rugosité Ra d'une surface usinée.
Le rôle du liquide de refroidissement
Le liquide de refroidissement, le plus souvent une émulsion d'huile soluble dans l'eau, évacue la chaleur, lubrifie le contact entre copeau et outil et chasse les copeaux de la zone de coupe. En tournage CNC, un arrosage haute pression à travers le porte-outil fragmente les copeaux longs des matières ductiles et prolonge la vie de l'outil. À l'inverse, certaines fontes et quelques nuances de carbure se travaillent à sec, pour éviter les chocs thermiques sur l'arête.
Quelles pièces et quelles matières usiner en tournage CNC ?
Le tournage CNC fabrique toutes les pièces dont la géométrie s'organise autour d'un axe : arbres de transmission, axes, bagues, entretoises, poulies, brides, raccords hydrauliques, vis et écrous spéciaux, pistons, embouts. Les pièces tournées vont de la goupille de quelques millimètres, produite en décolletage, à la couronne de plusieurs mètres usinée sur un tour vertical. Avec des outils motorisés, la même machine ajoute des méplats, des perçages radiaux ou des rainures de clavette.
La matière décide de l'outil et des réglages. La norme ISO 513 classe les matières usinées en six groupes, repérés par une lettre et une couleur sur les catalogues : P pour les aciers, M pour les aciers inoxydables, K pour les fontes, N pour les métaux non ferreux comme l'aluminium et le laiton, S pour les superalliages et le titane, H pour les aciers trempés.
- Acier inoxydable : l'inox s'écrouit sous l'outil, et l'usinage de l'inox 304L ou 316L demande donc une coupe franche ; une arête vive, une avance franche et une profondeur suffisante évitent de frotter sur la couche durcie.
- Aluminium : il accepte des vitesses de coupe très élevées, mais colle à l'arête ; les plaquettes polies à angle positif limitent l'arête rapportée.
- Laiton : copeaux courts et usinage facile, d'où sa place historique en décolletage de grande série.
- Titane : faible conductivité thermique, la chaleur reste dans l'outil ; vitesses basses et arrosage abondant.
- Plastique technique (POM, PA, PEEK) : il fond s'il chauffe et se déforme sous le serrage ; outils très affûtés, bavures à surveiller, mors adaptés.
Le choix d'un matériau en amont se fait selon les contraintes mécaniques, la tenue à la corrosion et l'usinabilité, trois critères qui ne vont pas toujours dans le même sens.
Comment programmer un tour CNC ?
Programmer un tour CNC consiste à écrire, ou à générer, une suite d'instructions en code G que la commande numérique exécute ligne par ligne. Ce langage est décrit par la norme ISO 6983, mais chaque constructeur de commande, Fanuc, Siemens ou Heidenhain, y ajoute ses cycles et ses variantes : un programme écrit pour un tour ne passe pas tel quel sur un autre.
Les instructions de base sont communes à la plupart des commandes. G00 commande un déplacement rapide hors matière, G01 une interpolation linéaire en avance de travail, G02 et G03 des arcs dans un sens ou dans l'autre. M03 lance la broche, M08 l'arrosage, T suivi d'un numéro appelle un outil de la tourelle. Les cycles fixes simplifient la programmation CNC des formes répétitives : sur une commande Fanuc, G71 enchaîne les passes d'ébauche d'un profil et G76 réalise un filetage en plusieurs passes à partir de quelques paramètres.
Programmation manuelle ou FAO
La programmation manuelle, directement au pupitre, reste rapide pour une pièce simple : quelques diamètres, un chanfrein, un filetage. Dès que le profil se complique, ou que la machine dispose d'outils motorisés et d'un axe C, le bureau des méthodes passe par un logiciel de FAO : il importe le modèle 3D, calcule les trajectoires, simule les collisions et produit le programme par un post-processeur propre à la machine. Le logiciel de FAO s'utilise sur un ordinateur du bureau des méthodes, ce qui libère la machine pendant la programmation : le tour continue à produire la série en cours. Avant la série, l'opérateur fait les prises d'origine, mesure les jauges des outils et usine une première pièce contrôlée cote par cote.
Tournage CNC et fraisage CNC, deux usinages complémentaires
La différence entre tournage et fraisage tient à ce qui tourne. En tournage CNC, la pièce tourne et l'outil reste fixe en rotation ; en fraisage CNC, l'outil tourne et la pièce, bridée sur la table, se déplace sous lui. Le tournage domine pour les formes de révolution, le fraisage pour les surfaces planes, les poches, les rainures et les formes prismatiques.
| Critère | Tournage CNC | Fraisage CNC |
|---|---|---|
| Élément en rotation | La pièce | L'outil |
| Formes typiques | Cylindres, cônes, gorges, filets | Plans, poches, rainures, contours 3D |
| Brut habituel | Barre ronde, lopin, tube | Bloc, plaque, pièce moulée |
| Machine | Tour CNC, centre de tournage, décolleteuse | Fraiseuse CNC, centre d'usinage 3 à 5 axes |
| Point fort en série | Cycle court sur barre avec ravitailleur | Géométries complexes en un bridage |
Beaucoup de pièces demandent les deux procédés : un arbre tourné reçoit une rainure de clavette fraisée, une bride tournée reçoit des perçages répartis. Les centres de tournage-fraisage réunissent ces opérations, et l'atelier qui hésite à s'équiper d'une seconde machine trouvera dans le guide sur la fraiseuse CNC d'occasion les contrôles à faire avant l'achat.
Tournage CNC : réponses aux questions d'atelier
Pourquoi utiliser une lunette sur un tour ?
Une pièce longue et fine fléchit sous l'effort de coupe et se met à vibrer. La lunette la soutient entre le mandrin et la contre-pointe, ce qui limite le broutage et préserve la concentricité.
Un centre de tournage peut-il fraiser ?
Un centre de tournage équipé d'outils motorisés dans la tourelle réalise méplats, perçages excentrés et rainures sans démonter la pièce, ce qui évite une reprise sur une autre machine.
Quelle précision attendre d'un tour CNC ?
Un tour CNC en bon état tient couramment des tolérances de l'ordre de IT6 à IT7 sur les diamètres en finition, soit quelques microns à une quinzaine de microns selon le diamètre. La rigidité de la machine, le serrage, la température de l'atelier et l'usure de l'outil décident de ce qui est réellement atteint en série.
Les machines de tournage : du tour parallèle au centre multi-axes
Les machines de tournage CNC se distinguent par l'orientation de la broche, la taille des pièces et le nombre d'axes. Le choix se fait d'après la pièce : son diamètre, sa longueur, la quantité à produire et les opérations de fraisage qu'elle demande.
- Tour CNC à banc plat ou incliné : la machine de base de l'atelier, deux axes, tourelle d'outils, pour l'unitaire et la petite série.
- Centre de tournage : contre-broche, axe C, axe Y et outils motorisés ; la pièce sort complète des deux côtés.
- Tour à poupée mobile, dit de type suisse : la barre avance à travers un canon de guidage, ce qui permet d'usiner des pièces longues et fines de petit diamètre ; c'est la machine du décolletage, de l'horlogerie et des implants médicaux.
- Tournage vertical : sur un tour vertical ou carrousel, la pièce repose sur un plateau horizontal ; la gravité aide au serrage des pièces lourdes et de grand diamètre, comme les couronnes, les carters et les roues.
- Tours multibroches : plusieurs broches travaillent en parallèle pour les très grandes séries de petites pièces.
L'implantation des tours CNC dans un parc machines, et la comparaison avec les autres machines-outils d'un atelier, dépendent surtout du mix de pièces : un atelier de sous-traitance qui reçoit des demandes variées privilégie la polyvalence, un décolleteur la cadence.
Usinage de précision : ce que le tournage CNC apporte à la conception d'un composant
L'usinage de précision par tournage CNC commence bien avant la machine, dès la conception du composant. Un bureau d'études qui connaît les contraintes du tour dessine des pièces plus simples à usiner : des rayons de raccordement compatibles avec le rayon de bec des plaquettes, des gorges de dégagement en fin de filetage, des épaulements accessibles par la tourelle, des tolérances serrées réservées aux seules portées fonctionnelles. Cette conception orientée usinage réduit le nombre d'opérations, le temps de cycle et le risque de rebut, sans rien retirer à la fonction du composant.
Le choix du matériau pèse autant que la géométrie. Un matériau facile à usiner, comme un acier de décolletage resulfuré ou un laiton, autorise des vitesses élevées et des copeaux courts ; un matériau plus exigeant, acier inoxydable austénitique, titane ou superalliage, impose des vitesses réduites, des outils spécifiques et un arrosage abondant. Le matériau décide aussi des traitements qui suivent l'usinage : trempe, nitruration, anodisation. Pour un même composant, deux matériaux de résistance voisine peuvent donc conduire à des temps d'usinage très différents, et la discussion entre conception et fabrication évite de choisir un matériau difficile là où il n'apporte rien.
Pièces complexes et usinage complet en une prise
Les pièces complexes, qui combinent diamètres, filetages, méplats et perçages radiaux, profitent le plus des centres de tournage récents. Grâce aux outils motorisés, à l'axe C et à la contre-broche, l'usinage complet se fait en une seule prise de pièce : les positions relatives des surfaces ne dépendent plus d'un second serrage, et la coaxialité entre deux diamètres reste celle de la machine. Pour un composant complexe produit en série, cette solution supprime aussi les en-cours entre deux postes de travail et améliore l'efficacité de la production.
Ce qu'un atelier de tournage propose à ses clients
Un atelier d'usinage spécialisé en tournage CNC propose en général plusieurs services autour de la fabrication proprement dite : l'aide à la conception pour rendre une pièce usinable, le choix du matériau, la réalisation de prototypes, la fabrication en petite ou grande série, le contrôle dimensionnel avec rapport de mesure, et la sous-traitance des traitements de surface. Ce service d'accompagnement répond à un besoin réel des bureaux d'études : un plan dessiné sans connaissance du processus d'usinage peut exiger une précision inutile, donc coûteuse, sur une cote qui n'a aucune fonction. L'application de tolérances justes, ni plus serrées ni plus larges que nécessaire, reste l'avantage le plus net d'une conception discutée avec la fabrication.
Le service d'usinage proposé varie d'un atelier à l'autre. Certains ateliers d'usinage CNC se spécialisent dans l'usinage de composants en inox ou en titane pour le médical, d'autres dans l'usinage de grandes séries pour l'automobile, d'autres encore dans l'usinage unitaire de pièces de maintenance. Le bon partenaire est celui dont le parc machines, la technologie de contrôle et l'expérience des matériaux correspondent à la pièce : un service de tournage habitué à l'inox maîtrise l'écrouissage, un décolleteur maîtrise l'efficacité de la production sur des pièces de petit diamètre. Grâce à cette spécialisation, le processus d'usinage est déjà éprouvé sur des matériaux et des composants voisins, et la première série démarre plus vite.
La qualité finale tient enfin à la maîtrise des vibrations : une pièce mal tenue ou un outil trop sorti produit un état de surface strié, appelé broutage, qui ruine la qualité d'un usinage par ailleurs bien programmé. Les causes et les remèdes, du porte-outil à la vitesse de rotation, sont décrits dans l'article sur le broutage en usinage et ses vibrations.
Avantages et limites du tournage CNC face aux autres procédés de fabrication
Le premier avantage du tournage CNC est la répétabilité : une fois le programme validé et les outils réglés, la centième pièce sort aux mêmes cotes que la première, à l'usure d'outil près, que les correcteurs compensent. Viennent ensuite la rapidité, puisqu'un ravitailleur de barres permet de produire sans opérateur, la précision sur les diamètres et les portées, et la souplesse : changer de pièce revient à charger un autre programme et à remonter quelques outils.
Une définition courte résume ces avantages : le tournage CNC consiste à confier à une machine-outil à commande numérique les gestes que le tourneur faisait à la main, sans intervention humaine pendant la coupe. Le matériau, la géométrie et les réglages restent des choix de l'homme ; leur exécution devient fiable et répétable. Les principaux gains sont donc la régularité de la production, l'efficacité du fonctionnement en équipe réduite et la possibilité d'usiner des profils qu'un tour manuel ne suivrait pas. L'électronique de la commande, enfin, enregistre les compteurs de pièces et d'outils, ce qui donne au responsable industriel une mesure fiable de la charge de chaque matériel.
Le tournage s'inscrit dans une chaîne d'opérations où chaque procédé correspond à une étape : la découpe laser ou la découpe plasma préparent les tôles, le soudage assemble les ensembles mécano-soudés, le tournage et le fraisage usinent les portées et les alésages fonctionnels. Le choix du matériau se fait pour toute la chaîne : un matériau soudable n'est pas toujours facile à usiner, et un matériau de décolletage resulfuré se soude mal. Grâce à une discussion en amont, le bureau d'études choisit le matériau qui correspond à chaque étape, et le service méthodes propose l'ordre des opérations qui utilise au mieux le parc machines.
Les limites sont tout aussi réelles. Le tournage ne produit que des formes de révolution sans outils motorisés ; les pièces très élancées fléchissent ; les matières gommeuses forment des copeaux longs qui s'enroulent autour de la pièce ; et le procédé part d'une barre pleine, ce qui transforme une part importante de la matière en copeaux, à recycler.
Face aux autres procédés de fabrication, le choix dépend de la quantité et de la matière. Pour une pièce plastique produite par centaines de milliers, le moulage par injection devient plus économique une fois le moule amorti, alors que le tournage CNC reste adapté au faible volume et aux matières que l'on ne peut pas mouler. Pour le prototypage rapide d'une forme complexe, l'impression 3D évite tout outillage, mais une pièce tournée offre l'état de surface et les caractéristiques mécaniques de la matière laminée. Entre les deux, le tournage couvre la plus grande partie des besoins de l'industrie mécanique en pièces de révolution, de l'unitaire à la grande série.
Automatisation, coût et choix des matériaux dans un atelier de tournage CNC
L'automatisation d'un atelier de tournage CNC vise un but simple : faire tourner la broche le plus longtemps possible sans intervention. Le ravitailleur de barres alimente le tour en matière, le récupérateur de pièces sort les pièces finies, et un robot de chargement prend le relais pour les lopins ou les pièces reprises. Cette automatisation de l'usinage CNC permet de produire la nuit et le week-end, à condition que le processus soit stable : copeaux maîtrisés, durée de vie de l'outil connue, surveillance de l'usure par la mesure de la charge broche. Le fonctionnement sans opérateur repose donc sur la qualité du réglage initial bien plus que sur la machine elle-même.
Le coût d'une pièce tournée se décompose en trois parts : le coût matière, le coût machine, proportionnel au temps de cycle, et le coût de préparation, programmation et réglage, réparti sur le lot. Grâce à l'automatisation et aux outils de coupe modernes, la part machine baisse vite avec la taille de la série ; la préparation, elle, pèse lourd sur un prototype ou un très petit lot. C'est pourquoi un atelier de tournage CNC propose souvent des tarifs dégressifs, et pourquoi regrouper les commandes d'une même pièce réduit le prix unitaire.
Matériaux métalliques et matériaux plastiques
Les matériaux usinés en tournage CNC couvrent presque tous les métaux : aciers au carbone et alliés, aciers inoxydables, fontes, aluminium, cuivre, laiton, bronze, titane et superalliages à base de nickel. Chaque matériau a sa nuance de carbure, sa géométrie de plaquette et sa plage de vitesse, données par les fabricants d'outils. Les matériaux plastiques techniques, POM, polyamide, PTFE ou PEEK, s'usinent aussi sur tour, souvent pour des pièces de faible volume où le moulage par injection ne se justifie pas, car un moule coûte cher et demande des semaines de fabrication. Pour des pièces de grande série en plastique, le moulage par injection reprend l'avantage ; pour des pièces métalliques soumises à des efforts, le tournage d'un matériau laminé garantit une durabilité que les autres technologies n'offrent pas toujours.
Le choix entre ces matériaux tient compte de la résistance mécanique, de la tenue à la corrosion, de la masse, de la conductivité électrique ou thermique et de la capacité à être usiné sans difficulté. Un matériau très résistant mais difficile à usiner augmente le temps de cycle et l'usure des outils : la solution la plus économique est souvent le matériau le moins noble qui remplit la fonction.
Maintenance d'un tour CNC et durée de vie des outils
La maintenance d'un tour CNC conditionne la précision obtenue dans la durée : graissage des glissières, contrôle du jeu des vis à billes, propreté du liquide de refroidissement, vérification de l'alignement de la contre-pointe et de la tourelle. Une machine bien entretenue garde sa capacité à tenir les tolérances ; une machine négligée dérive lentement, et la dérive n'apparaît qu'au contrôle des pièces. Côté outillage, la durée de vie de l'outil se suit au nombre de pièces ou au temps de coupe, et le changement d'arête se programme avant l'usure critique, pour obtenir un état de surface régulier d'un bout à l'autre de la série.
Où le tournage CNC sert-il dans l'industrie ?
Le tournage CNC sert dans presque tous les secteurs qui assemblent des mécanismes. Dans l'automobile, il produit arbres, axes, rotules, raccords de freinage et pièces de boîte de vitesses, souvent en grande série sur des tours multibroches. L'aéronautique l'emploie pour les pièces de train d'atterrissage, les raccords de circuits hydrauliques et les pièces de moteur en titane ou en superalliage. Le secteur médical y recourt pour les vis osseuses et les implants, usinés sur tour à poupée mobile. L'hydraulique, l'énergie, la robinetterie et l'horlogerie complètent la liste ; en France, la vallée de l'Arve, en Haute-Savoie, concentre une grande partie de l'activité de décolletage.
Ces applications n'exigent pas les mêmes contrôles : une pièce de sécurité automobile ou un implant suivent une traçabilité stricte, matière, lot, réglages, alors qu'une pièce de maintenance unitaire se contrôle sur ses seules cotes fonctionnelles.
Qualité, contrôle et demande de devis pour des pièces tournées
La qualité d'une pièce issue du tournage CNC dépend de la rigidité de la machine, du serrage de la pièce et de l'état de l'outil. Un mandrin hydraulique réduit les vibrations et améliore la concentricité ; une lunette soutient les pièces longues ; une contre-pointe stabilise les arbres. Le contrôle de la rugosité Ra en cours de production, au rugosimètre portatif, permet d'ajuster les paramètres de coupe avant d'atteindre le seuil de rebut, et la traçabilité des réglages, exigée par l'ISO 9001, garantit la reproductibilité des séries.
En série, la mesure ne se limite pas à la dernière pièce : le suivi statistique des cotes critiques détecte l'usure de l'outil avant qu'une pièce sorte de tolérance, une méthode détaillée avec la SPC dans l'article sur le contrôle qualité d'une pièce mécanique.
Pour obtenir un devis de tournage CNC auprès d'un sous-traitant, la demande doit être complète, faute de quoi le service méthodes ne peut pas chiffrer le temps de cycle. Les éléments attendus :
- un plan 2D coté avec les tolérances et les états de surface, et si possible le modèle 3D au format STEP ;
- la matière et sa nuance exacte, avec un éventuel certificat matière exigé ;
- la quantité par lot et la cadence annuelle, qui orientent vers un tour CNC, un centre de tournage ou un tour à poupée mobile ;
- les traitements après usinage : thermique, anodisation, zingage, ébavurage ;
- les exigences de contrôle : rapport de mesure, première pièce, capabilité.
Le prix d'une pièce tournée varie surtout avec la matière, le temps de cycle, le nombre d'opérations, la tolérance la plus serrée et la taille du lot, qui répartit le temps de réglage : une même pièce peut coûter plusieurs fois moins cher à l'unité en série qu'en prototype.










